Narcisse et Goldmund (Hermann Hesse)

Présentation de l’éditeur (Livre de Poche)

narcisse et Goldmund hermann hesseNarcisse et Goldmund, de Hermann Hesse

C’est dans l’Allemagne du Moyen-Age qu’Hermann Hesse, prix Nobel de littérature, a situé l’histoire du moine Narcisse et de Goldmund, enfant très doué qu’on lui a confié et auquel il s’attache. Il sent que sa vocation n’est pas le cloître et l’aide à choisir sa voie. C’est alors pour Goldmund la vie errante, les aventures galantes ; il se décide, par sagesse, à devenir sculpteur : l’art sera une façon de chercher le beau.

Philosophe autant que poète et romancier, Hermann Hesse aspire à une civilisation idéale où il y ait équilibre entre spiritualité et animalité : toute son œuvre est imprégnée de ce désir de conciliation.

Prix : 7,30 € | Parution : 01/11/1975 | Genre : littérature étrangère

Narcisse et Goldmund : une rencontre initiatique

Allemagne médiévale, date inconnue. Au fond d’un bosquet, derrière la lisière d’un horizon qui s’efface, une calèche traînée par deux chevaux s’arrête devant un arc en plein centre qui donne accès à un couvent. À côté, un châtaigner esseulé recueille le murmure des brises et le chuchotement d’un jour finissant. La porte s’ouvre et Goldmund, un jeune homme beau et blond, descend de la calèche, avec comme tout bagage une valise qu’il tient d’une main. Le fouet claque, les chevaux hennissent et la calèche disparaît derrière le bosquet qui l’avale. Devant lui, s’étend le couvent de Mariabronn, là où son père vient de le déposer pour faire son éducation et poursuivre ses études.

L’ombre massive du monastère se découpe nettement sur la pâleur du ciel, et du fond du bosquet parvient le chant des cigales. À l’ombre du châtaignier, la quête initiatique du jeune Goldmund venait de commencer. À Mariabronn plus particulièrement, le monastère où il fera la rencontre de Narcisse, un jeune prêtre, aussi mystérieux qu’intelligent. Cette rencontre va bouleverser le jeune Goldmund et lui révélera des réalités dont il ne soupçonnait pas l’existence, à la fois sur la vie, mais surtout sur lui-même.

Nous sommes en 1930, Herman Hesse ne le savait peut-être pas encore, mais il venait, avec Narcisse et Goldmund, d’écrire son plus grand roman.

« Souvent il rêvait d’un jardin, un jardin enchanté, planté d’arbres comme ceux des contes, avec des fleurs immenses, des grottes bleuâtres et profondes ; parmi les herbes brillaient les yeux étincelants de bêtes inconnues, aux branches glissaient des serpents lisses et nerveux, aux vignes et aux buissons pendaient des baies énormes, humides et brillantes, elles s’enflaient dans sa main qui les cueillaient et versaient un jus pareil à du sang, ou bien prenaient des yeux et se déplaçaient avec des mouvements langoureux et perfide… »

Il y’a des livres qui vous parlent, et d’autres qui dialoguent avec vous. Certains qui vous emportent loin et d’autres qui accompagnent vos rêves. Il y’a des livres qu’on oublie, et d’autres qui laissent à tout jamais une marque indélébile, quelque part au fond de vous-même. Narcisse et Goldmund, dans la même veine que Les Désarrois de l’élève Törless, appartient à cette catégorie de livres, et pour cette raison, c’est plus qu’un simple livre. Après Peter Camenzind, Demian, ou encore Sidartha, le prix Nobel de littérature signe sans doute son plus grand chef d’œuvre, avec Narcisse et Goldmund. Ce roman de l’écrivain allemand, publié initialement en 1930, puis en 1968 en France, n’est pas aussi connu que le reste de ses créations littéraires, comme Le loup des steppes pour ne citer que lui. Pourtant, avec ce roman, Herman Hesse atteint sa plus grande maturité et nous livre un témoignage flamboyant de génie littéraire et philosophique.
L’histoire est somme toute assez simple mais se déploie avec cette fine complexité où nous conduit Hesse à chaque fois dans ses romans initiatiques, au travers de ces personnages qu’il réussit à nous faire aimer avant de nous faire sombrer dans les dédales de leurs crises existentielles.

C’est le cas de Goldmund, ce jeune homme beau et blond, qui donne toutes les apparences du jeune homme naïf, sociable et normal, dont nous suivons l’évolution au début, à Mariabronn, un monastère imaginaire d’une Allemagne médiévale. Au sein de ce couvent où les novices se vouent au culte religieux et à l’adoration de Dieu, le jeune Goldmund tente tant bien que mal de faire ses marques avant d’attirer l’attention du jeune prêtre Narcisse. Bientôt, les deux jeunes hommes se lient d’amitié et profitent de leur temps libre pour échanger sur le sens de la vie et de ses nuances. Bientôt, Narcisse déchiffre l’âme de Goldmund et le révèle à lui-même. Un jour, sur la terrasse du monastère, Narcisse tient un long discours à son jeune ami et lui dit que son accomplissement n’est pas à rechercher dans la religion mais dans l’art.

Le rapport sensible au monde selon Hermann Hesse

Goldmund écoute avec fascination son ami prêtre et ne tarde pas à céder à cet appel qui résonne en lui. Celui de la vie en dehors du couvent. La vie du danger, de la sensualité et de la passion que rien ne peut arrêter. Goldmund s’enfuit du monastère et goûte aux plaisirs de la vie vagabonde. Il s’en suivra des années d’aventures pendant lesquelles il connaîtra les affres de l’amour, l’excitation du danger, la beauté de la nature et l’imminence de la mort. Au gré de ses aventures et péripéties, Herman Hesse malmène son personnage et le pousse dans les limites de sa fragilité juvénile. L’artiste en Goldmund se révèle et s’affirme de plus en plus comme ce jour où il décide de vouer son existence à la sculpture après avoir rencontré une statue en bois dans une église perdue au milieu d’une plaine.

Herman Hesse en profite pour déployer avec cette finesse qui lui est si propre ses réflexions sur la nature de l’homme, de sa dualité, et de son rapport sensible au monde. Lui, l’écrivain artiste, peintre à ses heures perdues, qui voit dans un pétale de fleur plus de sens que dans les livres d’une bibliothèque entière.

« Je crois, dit-il, qu’un pétale de fleur ou un vermisseau sur le chemin contient et révèle beaucoup plus de choses que tous les livres de la bibliothèque entière. Avec des lettres et des mots on ne peut rien dire. Parfois j’écris une lettre grecque quelconque, un thêta ou un oméga, et je n’ai qu’à tourner un tout petit peu la plume ; voilà que la lettre prend une queue et devient un poisson et évoque en une seconde tous les ruisseaux et tous les fleuves de la terre, toute sa fraîcheur et son humidité… »

Reprenant les codes qui lui sont si chers, ceux de la difficulté d’être, du rapport à soi et au monde, Herman Hesse livre avec poésie et beaucoup de finesse un témoignage d’une remarquable qualité littéraire. Dans cette œuvre intemporelle qui se lit d’une traite, Il nous confirme encore une fois qu’il est le maître incontesté et incontestable du roman initiatique. Le livre du prix Nobel de littérature est un hymne à la liberté d’être, et à la jouissance de la vie dans toute sa sensuelle bestialité. Mais c’est également un récit sur la dualité de l’être humain, représenté par le religieux Narcisse et par son contraire qu’il envie, l’artiste Goldmund. C’est aussi un hommage vibrant à la beauté de la nature, car les mots de Hesse sont aussi sensibles que les coups de pinceaux des peintres romantiques du début du XIXe siècle.

En définitive, si vous n’avez pas lu Narcisse et Goldmund, il est temps de corriger cette lacune. Et si vous l’avez fait, il est temps de vous y replonger de nouveau. Qui sait si le temps a fait de vous un Narcisse ou un Goldmund…

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