Le dernier été d’un jeune homme (Salim Bachi)

Présentation de l’éditeur

le dernier été d'un jeune homme

Le dernier été d’un jeune homme

En 1949, Albert Camus embarque pour le Brésil. La tuberculose, les violentes fièvres qui l’assaillent, l’ennui des longues journées en mer rendent ce voyage difficile, sombre. Chaque jour, dans sa cabine exiguë, il travaille au manuscrit des Justes quand une mystérieuse femme, Moira, fait son apparition. Avec elle, Camus se souvient alors de sa jeunesse à Alger. L’époque ensoleillée des premières amours et des combats politiques et littéraires a des allures de paradis perdu. Pourtant, Camus oppose à la nostalgie qui le ronge un féroce appétit de vivre. Salim Bachi nous livre, dans ce roman, le portrait d’un Camus inquiet, exalté, sensuel, brillant et fraternel.

Salim Bachi est l’auteur de plusieurs romans dont Le Chien d’Ulysse (Prix Goncourt du premier roman) et Le Silence de Mahomet.

Prix : 18 € | Parution : 25/09/2013 | Genre : littérature française

Le dernier été d’un jeune homme, ou la renaissance de Camus

19 Avril 1949. Un bateau à destination du Brésil accueille un étrange voyageur. Lorsqu’il ne s’enferme pas dans sa chambre pendant des heures, pour écrire semble t-il, il aime flâner sur la terrasse du balcon au moment où le soleil se couche. Faible et malade, il est allongé sur la couchette de sa chambre. Dehors, les vagues, voraces, s’aplatissent sur la ferraille et font tanguer le bateau. S’il part pour un pays aussi lointain, c’est non moins parce qu’il voudrait se faire soigner que parce que cette destination exotique l’attire depuis toujours. Ce voyageur est un jeune homme et il s’appelle Albert Camus.

À bord, il rencontre une femme, Moira. Avec elle, il retrouve sa joie d’enfant, celle qu’il éprouvait avant de connaître la maladie. Dans ses bras, il se souvient de son enfance en Algérie, de ses débuts dans la Littérature, de ses engagements dans le journalisme, de ses amis, et de ses peurs. De retour en France, Camus décédera dans un accident de voiture. Ce fût le dernier été d’un jeune homme.

L’idée est audacieuse, intrépide, courageuse et somme toute, un peu folle. S’approprier la plume d’un prix Nobel de littérature, et écrire une fiction en son nom. Pourtant, c’est ce que s’est proposé de faire l’auteur Algérien Salim Bachi, dans son roman Le dernier été d’un jeune homme. Le procédé pourrait susciter l’appréhension et l’inquiétude des fans d’Albert Camus, qui peuvent se demander si l’auteur Algérien ne cède pas à la facilité en décidant de surfer sur le succès intarissable de l’écrivain Français, plus particulièrement lorsqu’on sait que le livre est sorti en 2013, date qui correspond au centenaire de la naissance du prix Nobel de littérature.

Alors, coup de com’ ingénieux ou œuvre de qualité ? C’est ce que nous allons tenter de décrypter ensemble dans la suite de cet article !

Un roman audacieux

Que vous soyez connaisseur de l’œuvre d’Albert Camus ou non déterminera la manière dont vous allez lire et apprécier le livre de Salim Bachi. Si vous êtes un adepte de l’œuvre de l’écrivain français, on vous recommande d’aborder la lecture de ce livre sans a priori, et de l’apprécier pour ce qu’il est.
Oui, vous l’aurez compris, Salim Bachi s’inscrit dans la lignée de ces écrivains qui se sont approprié les œuvres de l’auteur Français pour en proposer une relecture inédite. Une autre manière de découvrir Albert Camus en somme et, autant le déclarer d’emblée, l’exercice auquel s’est adonné l’auteur Algérien est particulièrement réussi.

L’incipit du livre, aussi percutant que ceux de Camus, instille d’entrée une musique agréable à l’oreille et nous plonge dans l’enfance Camusienne en pleine Algérie. Oui, la plume de Bachi est efficace. Au fil de notre lecture, on sent le connaisseur, le fin limier, le détective romantique, l’amoureux du détail et de la précision. Les appréhensions du début sont nombreuses : Salim Bachi va-t-il réussir à se mettre dans la peau d’Albert Camus et nous raconter son histoire comme si le prix Nobel lui-même s’adonnait à l’exercice ? La réponse est définitivement oui, et c’est ce qui fait la force majeure du livre. Après Le premier homme, le roman autobiographique de Camus, il fallait oser. Salim Bachi l’a fait et il a réussi son coup.

Salim Bachi dans la peau d’Albert Camus

salim bachi camusIl faut savoir que le voyage du Brésil est évoqué dans les Carnets que Camus rédigeait au fur et à mesure de sa vie, comme une sorte de journal intime qu’il emportait partout avec lui. Par ailleurs, la biographie d’Oliver Todd ainsi que l’essai de Michel Onfray sur Camus ont beaucoup aidé Salim Bachi dans la rédaction du Dernier été d’un jeune homme.

La prise de parole à la première personne, déroutante au début, démontre toute son efficacité à mesure qu’on avance dans le roman. En effet, Salim Bachi ne se contente pas d’écrire le journal intime de Camus comme une œuvre détachée de toute autre considération. Non, il démontre toute sa connaissance de l’œuvre d’Albert Camus en s’appropriant son style, son rapport sensible et intime aux mots.

Petites phrases courtes, efficaces, pleines de sens et de profondeur. Par ailleurs, la poésie s’invite au voyage et ce n’est sûrement pas pour déplaire aux fans d’Albert Camus dont les Noces à Tipaza, entre autres, sont une véritable ode à la beauté du verbe.

Pour tenter de percer les secrets de cet homme « énigmatique » qui continue de fasciner le monde littéraire, Salim Bachi s’intéresse à son enfance Algérienne, aux événements qu’il a connus, aux tourbillons amoureux où il s’est laissé emporter, ainsi qu’à la maladie qui le frappe à 17 ans :

« La maladie m’a tout donné, sans mesure. Je me souviens du premier jour où j’ai commencé à cracher du sang et de l’indifférence de maman. Comment exister face à une telle absence ? »

De sa jeunesse où il s’intéresse tôt à l’étude, au monde livresque, jusqu’à ses premiers succès littéraires et ses engagements journalistiques, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le tout, efficacement raconté par un style d’une grande fluidité, où clarté et émotion sont les deux maîtres-mots.

Une jeunesse algéroise

Tôt, le jeune Camus est confronté à la sévérité d’une grand-mère, au silence d’une mère, à l’absence d’un père, à la pauvreté et au soleil. Mais surtout, à une ville : Alger.

De ses ballades à la Casbah le soir où il aimait s’arrêter sur un promontoire élevé pour observer l’animation de la ville, de ses journées sous ce « soleil étouffant » où il aimait jouer des parties de football avec les Européens et les Arabes, du contraste entre sa maison que régentait despotiquement sa grand-mère, et ses heures d’études sous l’œil bienveillant de Louis Germain, son instituteur, Salim Bachi raconte ces épisodes qu’on connait déjà mais en y ajoutant moult détails, jamais rébarbatifs, toujours passionnants.

Ce livre c’est également l’occasion de connaître une autre facette du jeune Albert Camus. Celle d’un jeune homme confronté très tôt à la maladie très-tôt. Si la mort dans l’œuvre de Camus occupe une place aussi dominante, comme le démontrent ses réflexions sur l’absurde, c’est en grande partie parce qu’il a été très tôt confronté à la mort lorsque la tuberculose le frappe et menace de lui ôter la vie. Pour échapper à cette peur viscérale de quitter le soleil, il plonge corps et âme dans la littérature et lit tout ce qui lui passe sous les yeux. Il s’enferme dans ce « monde en papier », merveilleux, et réalise à travers ses lectures toute la beauté de l’existence.

Une histoire de passions

Bien que de santé de fragile, Camus se livre à ses passions comme rarement un homme osa le faire. Et ses premières passions sont les femmes, qu’il aima avec un appétit véloce, presque animal. Elles représentaient à ses yeux tout ce que la vie avait de plus beau, voire de plus essentiel.

« Elle enleva sa robe pendant que j’écoutais, par la minuscule fenêtre, le bruissement du vent et le ressac de la mer, qui lorsque la brise soufflait du large, s’entendait avec la netteté d’un son pur, envoûtant, comme les baisers dont elle me couvrait. Son haleine était légère et son souffle puissant, alors que le mien, plus ténu et saccadé parfois, ne voulait pas se laisser capturer. Elle le libéra en me déshabillant et me couvrant de tout son corps devenu une voile immense, j’étais emporté par ce torrent de gestes, de soupirs, de frôlements et de morsures qui se mêlaient à la mer dont le bruit hypnotique montait des remparts de la Casbah alors qu’elle me chevauchait, se chevelure recouvrant son visage de madone brune, ses cuisses mouillées contre les miennes, son sexe doux et ouvert comme une fleur sombre, grotte où couvaient des incendies et qui, enveloppant le mien, allait et venait, puis s’arrêtait à l’acmé de plaisir, avant de battre avec le ressac, rapide et vif, tant est si vite que je hurlais pendant que les mouettes fouillaient l’écume à la recherche d’un morceau de poisson et que la ville se contractait, tombait en ruine du haut de ses murs, sombrait dans la mer ».

C’est aussi l’histoire d’une lueur d’espoir qui se met à briller dans la grisaille de la pauvreté, le début d’un succès Littéraire, qui, bon gré, mal gré, allait prendre des propensions universelles et propulser le jeune homme, désorienté, dans les arcanes de la mondanité littéraire.

C’est la vie d’un engagement journalistique qui se voulait impartial envers les injustices, les inégalités et les ségrégations raciales, engagement constamment troublé par des ennemis redoutables et implacables, qu’il finira cependant par faire ployer avec sa plume non moins redoutable. Inlassablement soutenu par les plus grandes figures de la littérature, il se livrera à des combats acharnés contre le mal qui rongeait son temps.

Le dernier été d’un jeune homme est une biographie d’un nouveau genre qui vient dépoussiérer le seul ouvrage de référence paru à ce jour, celui d’Oliver Todd. Elle se veut plus accessible, moins rébarbative, ambitieuse mais sans prétention. Salim Bachi nous livre là le portrait d’un Camus « inquiet, exalté, paradoxal ».

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