Évasion (Benjamin Whitmer)

Présentation de l’éditeur (Gallmeister)

évasion de benjamin whitmerÉvasion, de Benjamin Whitmer

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Avec ce troisième roman impressionnant, Benjamin Whitmer s’impose comme un nouveau maître du roman noir américain.

Prix : 23,80 € | Parution : 06/09/2018 | Genre : thriller

Old Lonesome : cadre d’une évasion

Old Lonesome est une petite ville du Colorado, qui doit son nom à un vieil ours solitaire qui a marqué la naissance du village. La prison construite dans les années 1875 est l’une des activités les plus importantes de la bourgade. Presque cent ans plus tard, à la fin des années 1960, elle est dirigée par Cyprus Jugg, assisté par Bellingham et ses gardiens cruels et impitoyables. Cela n’empêche toutefois pas les tentatives d’évasion, comme celle qui vient d’avoir lieu en plein cœur de l’hiver : douze prisonniers se sont évadés. Si certains d’entre eux sont rapidement repris, d’autres vont rendre la vie difficile aux autorités locales.

L’intrigue se construit autour de quatre groupes de personnages qui, s’ils semblent au premier abord, totalement différents les uns des autres, vont finalement révéler des caractères de plus en plus ambigus au fil des pages.

Quatre prisonniers en cavale

Mopar Horn, Mitch Howard (un homme noir), Wesley Warrington et Bad News sont en cavale ensemble et ont trouvé refuge dans la maison de Pearl Green, qui tient une maison close près de la prison et se retrouve prise en otage avec quelques gardiens. Comment s’échapper ? Warrington ne fait que suivre le mouvement et Bad News semble incapable de prendre une décision judicieuse. De son côté, Howard essaie de trouver la meilleure solution. Mopar est considéré comme un truand de la pire espèce, mais on découvre que ce sont de malheureux concours de circonstances qui l’ont conduit sur le chemin du grand banditisme. Il connaît très bien cette région, d’où il est originaire. Mais durant cet hiver particulier au cours duquel les tempêtes succèdent aux blizzards, ses connaissances apparaissent comme une maigre ressource pour ces quatre prisonniers…

« Le vrai danger de l’épuisement, c’est que tu finis par juste laisser tomber. Tu t’assois et t’attends qu’on te reprenne, c’est tout. C’est arrivé à plus d’un évadé. T’arrives tellement au bout du rouleau que c’est plus simple de juste te laisser faire abattre ou capturer. Mopar se dit que la plupart de ceux qui se font reprendre, se font reprendre exactement comme ça (…)
L’autre danger est d’être trop épuisé pour faire les petites choses qui te maintiennent en vie. Tu t’allumes une cigarette sans la cacher dans le creux de ta main, ou tu poses ton fusil quelque part et tu t’en vas en l’oubliant. Ou tu mets les pieds dans un ruisseau glacé et tu te les trempes et tu te retrouves à devoir t’abriter dans un taudis en compagnie d’une bande de dégénérés. »

Un gardien, une veuve et deux journalistes

Jim Cavey est gardien de prison. Solitaire, il arpente les chemins autour du village à ses heures perdues. C’est sa parfaite connaissance du terrain qui fait de lui la personne la plus susceptible de remettre la main sur les évadés. Cependant, Jim n’est pas de ceux qui tirent dans le dos d’une cible. N’éprouvant aucun respect pour le directeur Jugg ou ses collègues, en désaccord total avec les manières cruelles de traiter les prisonniers, il s’engage dans cette chasse à l’homme en prenant soin d’avoir toujours un train de retard sur la traque.

Dayton Horn est une jeune veuve, originaire de l’Ohio, et cousine de Mopar, qui pensait pouvoir s’installer dans la région pour diriger une ferme. Les échecs subis au cours de sa vie la rapprochent de son criminel de cousin. Et lorsqu’elle apprend l’évasion, elle part de son côté à la recherche de Mopar.

L’évasion attire également à Old Lonesome deux journalistes, dont l’un est un vétéran de la guerre du Vietnam, qui vont suivre la traque aux côtés des gardiens.

Benjamin Whitmer et l’art du roman noir

À travers une série de personnages déchirés, souvent aux prises avec des sentiments contradictoires, Benjamin Whitmer dresse le portrait d’une société américaine rongée par la violence, où chacun est potentiellement un tueur en puissance. Au cœur du Colorado, de sa nature inhospitalière et sauvage, il n’existe aucun héros, et chaque personnage oscille en permanence entre le bien et le mal, et leurs rôles pourraient facilement être intervertis.

Old Lonesome devient le théâtre d’un huis clos cruel où les chutes de neige, incessantes, ne font que rajouter à l’oppression ressentie par les personnages et par le lecteur, d’où l’on ne s’échappe pas :

« Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. »

Si l’histoire peut se résumer en trois ou quatre lignes, Benjamin Whitmer parvient à capter l’attention du lecteur, grâce à ses talents de conteur. Avec une écriture qui parfois effleure la poésie, Whitmer livre un troisième roman noir où le lecteur s’attache à chaque personnage, en dépit de sa cruauté ou ses faiblesses.

« Elle irradie de mépris par chacun de ses pores, mais on voit à sa tête qu’Howard se trompe. Elle n’est pas aigrie. Elle a juste le cœur brisé par sa vie et par tous ceux qui sont venus à elle en trimballant leur propre cœur brisé, en quête de quelque chose pour l’extirper de leur corps. Mopar se demande si ça a jamais fonctionné.»

À coup d’images et d’humour, l’écrivain dresse le portrait de l’Amérique et de son histoire comme il l’indiquait déjà au printemps dans la revue littéraire America : « Je le répète sans cesse aux gens qui me demandent pourquoi mes romans sont si violents : si vous n’écrivez pas sur la violence, alors vous n’écrivez pas sur l’Amérique. »

« Sang rouge, divan rouge, fauteuils de salon rouges, et une lampe de table à abat-jour rouge. Même les lumières du sapin de Noël. Mopar s’essuie le front avec la manche de sa chemise de gardien et cligne des yeux pour s’éclaircir la vue. Mais le putain de rouge reste, partout. Il y a aussi un bruit. Un bruit rouge. Un vrombissement et une palpitation, comme un battement de cœur. »

Benjamin Whitmer est l’auteur de Cry Father et de Pike, finaliste du Grand Prix de Littérature Policière 2013, et co-auteur (avec Charlie Louvin) de Satan is Real. Il est né dans l’Ohio et vit désormais dans le Colorado.

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